mardi 18 février 2020

Arrêtez de comparer le rap boombap et la trap !



Depuis quelques années, lorsque je parle de rap avec certaines personnes, je suis souvent perçu comme un extraterrestre. Une curiosité, un gars resté bloqué au Moyen-Age avec son armure de chevalier qui garderait une tour d'ivoire.
Pour certains le rap boombap n'évoque rien du tout, mais absolument rien, pour d'autres ce style est trop dépassé et mérite juste d'avoir sa place au musée. Je n'ose pas imaginer leurs réactions si je leur dis que j'écoute en plus du Blues, du Jazz, du Punk rock, de la Soul ou de la Funk, de la musique préhistorique pour eux. Bref, l'image que l'on me renvoie souvent est celle d'un passéiste, démodé, sans ouverture, un vieux con quoi. "Evolution", c'est le mot qui revient fréquemment quand je dis que la trap ou mumbling rap n'a aucun effet sur moi, que les morceaux autotunés ne sont pas agréables à mon oreille.
"Quoi t'aimes pas l'autotune ? Mec, il faut évoluer. T'es contre l'évolution du rap ou quoi ? "
C'est le genre de réflexions auquel j'ai droit, comme s'il ne fallait pas vieillir, comme si le fait d'écouter de la Trap était comme prendre un bain de Jouvence. Au début ces remarques étaient le fait de personnes plus jeunes que moi. Et puis je me suis aperçu que des gens de ma génération me faisaient les mêmes reproches ou me sortaient des excuses du type : "J'écoute ça comme un délire ou pour me tenir au courant."

Les gars, vous avez le droit d'aimer la Trap et autres morceaux autotunés. Même si je ne comprends pas ces styles, je peux aisément accepter que l'on ait des goûts différents. Arrêter de vous justifier et d'opposer vos goût au mien. Du coup, je me retrouve parfois obligé de justifier mon amour pour le rap boombap qui a aussi son lot de mauvaises productions. C'est pour cette raison que j'ai décidé de faire cet article, vous donner mes raisons une bonne fois pour toutes.

J'ai grandi avec de la musique traditionnelle africaine ou tout tourne autour du rythme, peu importe le nombre d'instruments ou parfois même seule la voix faisait office d'instrument. Bien sûre, j'ai également grandi avec de la variété (Dalida, Cloclo, Gainsbourg, Lavilliers, Les Ritas Mitsuko, Elton John, Sting, Witney Houston, Michael Jackson ...) la musique la plus facile à trouver puisque diffusée partout à la radio et à la télé. En revanche, c'est avec la soul et la funk music que je me suis forgé une identité forte dès la pré-adolescence. Des styles qui vont être la base de la musique Hip Hop, des styles ou le groove et le rythme ont une importance capitale, des styles qui te poussent facilement à la danse. Quand j'ai connu le rap c'était vraiment une musique pour faire la fête, on dansait dessus aussi bien sur des morceaux à caractère politique comme les titres de Public Enemy ou plus léger comme les titres Das EFX ou de Digital Underground, la magie qui te pousse à la danse était là. On était dans la continuité de la soul et de la funk et peu importe que derrière le sample soit un son rock ou de musique classique, il y avait toujours ce truc funky et entrainant qui te faisait plus que hocher la tête. C'est ce que j'aime et que je retrouve encore dans les productions boombap d'aujord'hui. Oui car le rap boombap n'est pas mort, il y a un tas d'artistes qui en font à travers le monde.

Quand je me suis plongé pleinement dans le rap américain d'abord, même si je ne comprenait pas forcément les paroles, j'avais capté l'importance du flow et ce peu importe les textes hardcore ou plus légers. Autre point qui fait la puissance du rap boombap et que je ne retrouve pas trop chez les quelques rappeurs actuels que je connais qui font le buzz, c'est l'utilisation des samples. Le choix des samples et la manière dont ils sont utilisés m'a toujours poussé à aller voir plus loin que le titre rap que j'écoutais et par la même occasion de découvrir d'autres genres musicaux comme le jazz, le rock, le reggae et d'en tomber amoureux.Toutes ces choses, je ne les retrouve quasiment pas chez les rappeurs Trap et autres, ce n'est pas faute d'avoir essayé.

A plusieurs reprises je me suis rendu sur des concerts de ce type d'artistes pour comprendre, mais la magie n'opérait pas, l'ambiance n'était pas magique, j'avais l'impression d'être dans un événement de musique pop, le genre de chose que l'on veut absolument éviter quand on vient de la culture Hip Hop. Bien que le côté bling bling et égocentrique aient toujours existé dans le rap que j'aime, il se faisait selon des codes que je ne perçois pas dans la scène rap dont on parle le plus. Le discours de ce rap là se rapproche plus d'une pensée de droite où les artistes sont prêts à tout pour montrer qu'ils possèdent, qu'ils pèsent comme on dit en langage de quartier.
Un discours très focalisé sur l'argent, le matériel, le côté fantasmé du baron de la drogue qui n'hésite pas à exhiber son gros flingue et de parler de son gros sexe qui enfile tout le monde. C'est marrant quand il y en a un ou deux, le problème c'est vite devenu la norme et tous font plus ou moins la même chose sur fond de musique trop emprunté à la variété du moment.

L'autotune s'étant démocratisé en 1998, grâce ou à cause du tube de la chanteuse pop Sher avec son titre "Believe", et dans la musique dite urbaine en 2008 avec T-Pain et Lil Wayne et depuis la nouvelle vague de rappeurs s'en est emparée pour ne plus jamais lâché. On assiste à des morceaux de rap et des refrains chantés avec quasiment la même voix, celle de l'autotune. J'ai bien que l'impression que le lien qui existait avec le blues et toutes les autres "black music" est mort.

Pour moi dont l'habitude est d'écouter de vrais vocalises, c'est tout simplement insupportable de constater que tous ont la même formule. Un autre point important dans le rap, c'est la voix, sa puissance et son timbre qui font l'originalité d'un rappeur , avec l'autotune c'est définitivement mort.

Pour les plus jeunes qui ne comprennent pas que je puisse écouter de la musique qui a plus de six mois d'existence et pour ceux de ma génération qui aime le rap dominant, sachez que pour moi la musique c'est une histoire de feeling, de groove, de rythme, d'authenticité où le live a toute son importance. Etre à la mode, ressembler à la masse, être moderne, pour moi ce sont de pures foutaises. S'il vous plait arrêter de comparer le rap buisness, le rap de rue, le rap game ou je ne sais quels noms vous lui donnez au rap boombap qui pour la majorité garde l'essence de la culture Hip Hop.
Je n'empêche et n'empêcherai personne d'en écouter et de l'aimer, à chacun son rap.
Peace

jeudi 13 février 2020

J'ai vu le film "Queen & Slim"


En allant au cinéma avec mes potes, je n'avais aucune info sur ce film, c'est donc devant la salle que j'ai découvert l'affiche. Une affiche parlante, mais qui ne laissait rien transparaitre de ce qui m'attendait. En sortant de la séance ma pote a fait une réflexion sur l'image et le titre qu'elle ne trouvait pas assez représentative de la claque cinématographique à laquelle nous venions d'assister. Franchement, on a trouvé ce film très fort, tant sur l'histoire que sur le plan esthétique. Du coup en sortant de la projection on a bloqué quelques minutes devant l'affiche où je me suis permis de sortir quelques sciences sur la lecture que je me faisais du titre et de la photo.
L'héroïne pose un regard appuyé sur son homme qui à l'air de beaucoup compter pour elle. Sa tenue vestimentaire laisse à penser que c'est une prostitué, vous comprendrez en voyant le film.
Le héros avec son regard perçant à l'air d'un gars qui assure, un gars sûre de lui, la main dans la poche, un coude sur la voiture très seventies qui lui appartient tout comme la fille au regard un peu admirateur. Moi qui suis un fan des films de blaxploition, j'ai toute de suite fait un lien avec le pimp (proxénète) et sa travailleuse. Le titre est venue renforcer mon propos, car souvent les proxénètes afro américains prenaient des surnoms avec le terme Slim comme Icerberg Slim rendu célèbre par ses livres, ou encore un autre pimp légendaire de la West Coast, Fillmore Slim qui apparait dans le documentaire American Pimp. Le mot Queen était lui souvent utilisé dans la communauté black pour désigner la femme que l'on respecte avant d'être détourné par les proxénètes pour désigner sa prostitué favorite ou la plus ancienne de son harem.
Si vous avez l'occasion, allez voir ce film et on en reparle après car il y a matière à discuter dessus.

mercredi 25 décembre 2019

Célébrons James Brown à la sauce Hip Hop #5

Suite de la liste des rappeurs qui ont samplé James Brown.

#5 Fat Boys "Sex Machine"
Sorti en 1986, les Fat Boys reprennent un classique de James Brown avec l'esprit clownesque qui les caractérise.


#6 Mysterme & DJ 20/20 "Unsolved Mysterme"
Sorti en 1993, je mets une option spéciale sur ce titre qu'on m'avait filé sur K7 sans titre,  j'ai mis plus de 10 ans pour savoir ce que c'était. On peut reconnaitre entre autre le sample du morceau "Make It Funky" de James Brown.


#7 Salt N Pepa "Solo Power"
Sorti en 1988, Hurby Luv Bug le producteur du duo de rappeuses avait eu l'idée de sampler ce titre excellent de James Brown, "Take Some... Leave Some" tiré de l'album Payback de 1973.
L'influence de James se faisait ressentir même dans les textes, ici le refrain Soul Power devient Solo Power.


#8 Kid N Play "Do This My Way"
Toujours en 1988, encore produit par le beatmaker à succès Hurby Luv Bug qui a utliisé deux productions classiques de James Brown. "Cross the track" de Maceo and Macks (1975) et "Think" de Lynn Collins.



#9 DJ Jazzy Jeff and The Fresh Prince "Pump of the Bass"
Sorti en 1988, avec encore une fois le sample de "Funky Drummer", sur ce titre Dj Jazzy Jeff s'amuse à faire crier le King James à l'aide de ses platines, les fans de scratches apprécieront.



#10 Derek B "Get Down"
Sorti en 1987, l'anglais Derek B aussi a laissé une grosse empreinte avec ce titre qui sample "Funky drummer" évidemment et "Escape-ism (1971) de James Brown.

lundi 23 décembre 2019

Célébrons James Brown à la sauce Hip Hop #4

Je vous ai concocté une liste exhaustive de morceaux reprenant des samples de James Brown, comme je le dit dans le post précédent la majeur partie ces titres ce situent entre 1988 et 1992.

#1 - Jewel-T "I like it loud"
Pour commencer cette liste, je vous ai sélectionné un morceau typique de la folle période 1988 où tous reprenez les sons de James. On peut reconnaitre ici le fameux "Funky Drummer"titre phare de la culture Hip Hop et sans doute le plus samplé de l'histoire musique, tous style confondus.



#2 - Run DMC "The Ave"
En 1990, après quasiment deux ans d'absence Run DMC faisait son retour avec l'album "Back From Hell", le deuxième titre de cette opus intitulé "The Ave" a pour base "Same beat" de Fred Wesley and The JB's et content au moins cinq autres samples de James Brown et de son entourage.


#3 - Super Lover Cee and Casanova Rud "Do the James"
Sortie en 1988 également, avec un titre qui évoque carrément passion que les rappeurs des années 80 ont pour James Brown, tant sur le plan musical, que sur le côté danseur ultime que le king représentait. Ce titre contient trois sample de James bien identifiable, le fameux "Funky Drummer", le Blues and pants, par lequel "Do the James" commence et "Get up, Get into it, Get involved".


#4 - The Notorious JB's "B.I.G. Poppa got a brand new bag
Sortie en 2019, le DJ Amerigo Gazaway a essayé d'imaginer à quoi ressemblerai une rencontre entre James Brown et Biggie. Sur ce titre très bien arrangé, il fait poser les paroles de "Big Poppa" sur l'instru de "Papa have a brand new bag", comme si Notorious avait réellement travailler avec les JB's.

A suivre...


mercredi 18 décembre 2019

Célébrons James Brown à la sauce Hip Hop #3

En 1987, Eric B & Rakim sortait "I Know you got soul", un des titres les plus important de l'histoire du rap. Après sa première diffusion, tout allait changer sur la planète rap, en terme de flow et de production musicale. Durant les trois/quatre années qui suivirent, les samples empruntaient à la discographie généreuse de James Brown et de son entourage et faisaient le bonheur des rappeurs et beatmakers. Avec un pic de productions James Brownienne à la sauce hip hop en 1988, cette boulimie allait prendre fin avec l'arrivée de producteur comme Pete Rock ou Dj Premier.
Comme je l'ai déjà dit lors dans un post précédent, les rappeurs allaient jusqu'à reprendre les titres des samples qu'ils utilisaient. C'est le cas de "I Know you got soul" d'Eric B & Rakim qui reprend (pas que) le titre et le sample du même nom, de Bobby Byrd produit bien sûr par James Brown.

"I Know you got soul" la version original de Bobby Byrd sortie en 1971 sur le label King Records.


"I Know you got soul" par Eric B & Rakim, sortit en 1987 sur le label Zakia Records.

vendredi 13 décembre 2019

Célébrons James Brown à la sauce Hip Hop #2


The Funky Drummer de James Brown reste le titre le plus samplé du Godfather. Le break de ce morceau a fait sensation dès les premières fêtes, qui vont donner naissance à la culture Hip Hop. Quand Dj Kool Herc passait la version live de ce titre, les danseurs devenaient comme hystériques et sortaient leurs plus beaux pas de danse. The Funky Drummer allait devenir un hymne pour les danseurs Hip Hop toutes générations confondues.
Lorsque les rappeurs ont commencé à utiliser le sampleur, tous les breakbeats joués durant les premières parties du Bronx ont refait surface, parmi eux de nombreux titres de James Brown. Au milieu des années 70, les dj‘s hip hop à la recherche de breaks avaient en tête le nom des batteurs de différents groupes, celui qu’ils connaissaient le mieux était certainement celui de Clyde Stubblefield, l’homme à la batterie derrière le fameux Funky drummer. 

Le Funky Drummer a largement été utilisé pour des sessions freestyle, en voici un d’anthologie avec trois mc’s légendaires Eminem, Mos Def et Black Thought, aux platines vous reconnaitrez le grand Dj Premier.


Sur cette vidéo, Clyde Stubblefield, batteur pour les JB's se lance dans quelques explications qui l'ont poussé à faire ses routines sur les titres Cold Sweat et Funky Drummer.


mardi 10 décembre 2019

Célébrons James Brown à la sauce Hip Hop #1


James Brown est de loin le chanteur le plus samplé par les artistes Hip Hop. Comme disait Grand Master Flash : “No James Brown, No Hip Hop». Il est l’essence même des principaux éléments qui sont à l’origine cette culture, par son flow, sa musicalité, son attitude, sa manière de se mouvoir...

Pour ce premier morceau dédié au Soul Brother N°1, j’ai choisi le titre Keep On Doin’ (1989) de Kev E Kev & Ak-B, avec un gros sample de Bobby Byrd, chanteur, clavier, auteur, arrangeur de James Brown. Même si Kev E Kev & Ak-B vont jusqu’à reprendre à quelques mots près le titre d’origine «Keep On Doin what you are doing», leur performance reste cependant qualitative en terme de flow. Le choix du sample est original, quand on sait qu’entre 1987 et fin 1988 que tous les rappeurs américains ne pensaient qu’à sampler le «Funky drummer» de James Brown.

La version originale par Bobby Byrd sortie en 1976, produit par James Brown.

lundi 18 novembre 2019

Le saviez-vous ? #1


Lors de ma conférence intitulée les racines africaines du rap, j’aborde la partie musicale en précisant l’importance des percussions. Des percussions qui vont être transformées au fil du temps par des esclaves descendants d’africains devenus africains américains.
Des percussions que l’on retrouve dans les breakbeats de dj Kool Herc et chez tous les autres dj’s qui vont suivre ses traces, dès 1973 et construire la sonorité hip hop.
Parmi ces maîtres des platines, Grand Master Flash qui va transcender le genre grâce à un travail de précision, donnant naissance aux premières productions musicales hip hop et au turntablism (l’art d’utiliser ses platines comme des instruments de musique).
Flash va intégrer d’autres  percussions africaines transformées à ses mixes, grâce à la découverte de la boîte à rythme “ Percussion King V829 “ de chez Vox, qu’il utilise pendant ses soirées.

Si vous connaissez un peu la discographie de Grand Master Flash and the Furious Five, sur le titre “ Flash to the beat “, quand les membres du groupe scandent la phrase : « Flash is on the beatbox, going » (à 5'00), ils font allusion à cette de la fameuse boîte à rythme (beatbox) qu’il manipulait durant ses soirées.



D’après Grand Master Flash, c’est en le voyant utiliser cet instrument de percussion étrange à l’époque, que certains jeunes vont essayer de reproduire les sons de celle-ci et inventer le beatboxing. L’art de créer des beats avec la bouche, appelé aussi human beatbox. On a encore là, une démonstration de percussions africaines transformées.

Sur la vidéo qui suit, Grand Master Flash nous fait une démo avec sa machine d’origine, qu’il conserve depuis 1977. The original beatbox.


L'un des rares enregistrements où l'on entend Grand Master Flash jouer avec sa beatbox, lors d'une soirée dans le Bronx en 1979. (à 5'40)



dimanche 17 novembre 2019

Les définitions de Somy King épisode 1 : D'où viennent les mots master e...

Conférence musicale de Somy king, l'histoire de la culture Hip Hop

Mais que fait la police ? Episode 1 : Mam

Ce podcast est tiré d’une série de plusieurs épisodes inspiré de faits réels. A travers des histoires rythmées par la musique, l’auteur a voulu retranscrire des expériences vécues par certains jeunes avec des représentants des forces de l’ordre. Un premier contact trop souvent négatif qui laisse une image écornée de la police. Une image que personne ne devrait avoir des garants de la justice et de la paix.
La ville des Mureaux est le lieu qui a été choisi pour toutes les scènes, mais cela pourraient se passer dans n’importe quelle cité de France.
Narration : Amandine B.
Montage et musique : Dj Junkaz Lou
Texte de : Somy King
N’hésitez pas à laisser vos commentaires et à partager si vous aimez.

Conférence hip hop : de la Old school à la New school par Somy King et DJ Junkaz Lou

 Il y a quelques jours, je donnais en compagnie de DJ Junkaz Lou , une conférence sur les débuts du rap américain de 1973 à 1983.  Cette pér...